– Novembre 2016 –
Projets d’agriculture sociale avec les migrants

La rencontre, organisée à Veynes (France) en juillet 2016, entre les associations françaises qui distribuent les produits de Galline Felici a beaucoup renforcé notre vision commune et européenne pour construire différemment nos rapports à l’agriculture dans un contexte d’immigration. Il s’agit de faire émerger des solutions concrètes et réalisables pour affronter positivement et de manière créative la “question de l’immigration”.

Il nous faut pouvoir démontrer que les migrants sont des protagonistes de notre aventure collective ;  là où pour l’instant ils sont vécus comme des bénéficiaires passifs d’une assistance publique bienveillante…

Ici, en Sicile nous avons commencé à le faire avec nos petits moyens et nous espérons pouvoir vous impliquer rapidement dans des projets plus avancés.

Une des idées qui a émergé est celle de la mise en commun des moyens de production. Certains producteurs ont mis à disposition une partie de leur terre pour que les migrants puissent maraîcher pour subvenir à leur propre subsistance. Et grâce à vous, consom’acteurs responsables et engagés, la coopérative Le Galline Felici est en mesure d’embaucher les migrants pour les travaux agricoles afin de vous fournir les meilleurs fruits biologiques possibles.

Nous allons ouvrir une page web dédiée au regroupement des expériences positives dans l’accueil et la réinsertion des migrants. Le but est de faire comprendre que les migrations représentent une bonne ressource. Il s’agit par ailleurs de diffuser vers d’autres lieux les initiatives les plus intéressantes pour inciter à l’accueil des migrants avec des projets d’accompagnement consolidés par l’expérience.

La coopérative Le Galline Felici a développé une formation technique. L’objectif est de former les migrants pour les travaux agricoles (la récolte des fruits, l’élagage, etc.) et ainsi créer des équipes de travail spécialisées en mesure de s’insérer dans les travaux de la coopératives, ou chez des producteurs locaux.

Ces actions sont en cours de développement et d’autres initiatives sont déjà lancées. Par exemple le projet FIERI (Fabrique Interculturelle Écologique de Réutilisation) qui implique les migrants dans des activités de formation liées à la réutilisation d’objets du quotidien (réparation du mobilier, appareils électroménagers, tailleur, réparation de vélos etc.).

Merci beaucoup d’être à nos côtés, en chemin pour cette aventure collective !

– Juillet 2016 –
Erion (une histoire de rédemption)

En classe, à l’école, j’ai toujours été le dernier. Mais pas seulement parce que j’étais celui qui ne savait pas les choses, aussi le dernier physiquement avec les épaules dos au mur ; et on m’y a laissé pendant huit ans. La maitresse ne s’est jamais inquiété de moi, elle me passait devant et ne regardait jamais mes exercices. Et moi, je ne comprenais pas. Je me damnais l’âme et je me la suis damnée pendant des années repensant à l’indifférence et à l’hostilité de la maitresse.

En Albanie, au temps du communisme, ma famille faisait partie des familles « marquées ». Mon grand-père était un anticommuniste et pour cela il a été tué ; et mon oncle a été fusillé au centre de la place de mon village. Pour le parti, je ne comptais pas. Mon instruction n’intéressait personne et pour ça, encore aujourd’hui, je me sens ignorant. Mais cette dernière place et le fait de ne pas comprendre pourquoi m’a blessé pour beaucoup d’années .

Seulement maintenant je l’ai compris ; et cela a été une sorte d’illumination. Une illumination qui explique ma fuite de l’Albanie, mon arrivée en Italie, mes mésaventures initiales. Dans le bateau pendant trois jours ; sans nourriture ni eau ; puis le voyage en Sicile. Un patron me faisait surveiller les brebis et me donnait le pain dur qu’il conservait pour le chien. Et pour boire, il me disait  » Tu vois la rivière ? Bois ».

Et puis il y a eu l’aide d’un paysan qui avait peut être reconnu en moi le berger de brebis que j’avais été tant d’années. Il a menacé d’appeler la police pour la manière avec laquelle j’étais traité. Il m’a pris avec lui et m’a permis d’affronter les moments les plus difficiles de mon séjour en Italie.

Ensuite je suis arrivé ici. Je n’ai pas perdu mon sourire, ni mon courage ; même si je n’ai pas toujours été bien traité, spécialement au début. Je me souviens d’où je viens; de ce qui s’est passé et là où je suis. J’abaisse la tête et je demande pardon. Cela fait partie de ma nature. Ça me fait du mal, je rougis, mais je garde tout dedans.

Mais à part ça, j’ai grandi aussi ici dedans. Ici je ne suis pas le dernier de la classe ;  ici on est tous égaux. Ici on me dit « bravo » si je fais quelque chose de bien ; et c’est beau de se l’entendre dire. Ici je m’applique; je me sens faire partie d’une communauté…

Je n’aurais jamais imaginé de devenir un homme dans une prison. Dans la prison de Siracuse, je travaille à la coopérative sociale L’Arcolaio. Ceci est possible grâce aussi à vos achats

Erion remercie…

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